Mécanique des fluides et discussion de salon
Le débit d’un fluide à travers une canalisation est constant. Que la section diminue et sa vitesse augmente alors que, dans le même temps, sa pression diminue. Application bête et méchante du principe de la conservation de l’énergie, une augmentation de l’énergie cinétique est compensée par une diminution de l’énergie élastique.
La connaissance de ce principe vous permettra de briller en société. Jugez plutôt.
Vous pourrez renvoyer à ses études tout qui, se rengorgeant de connaître les secrets de la physique, étalera, avec force effets de manche et sourires condescendants au béotien que vous êtes, ses connaissances en mécanique des fluides. A la stupidité de son énoncé du théorème de Bernoulli - plus la section de la canalisation est petite, plus la vitesse et la pression du liquide y passant sont grandes - vous rétorquerez avec les mêmes air docte et sourire que le débit - défini comme le volume de liquide transitant à travers une surface en fonction du temps - est constant et que ce dernier étant le produit de la vitesse par la section, les 2 varient en sens inverse. Et d’achever l’impudent imprudent par un “en conséquence plus la section est grande, plus la vitesse est faible et la pression élevée et qu’il s’agit là d’un résultat peu intuitif. En effet nous pourrions nous attendre à ce que la pression augmente”. Si vous êtes un tantinet cynique, vous rajouterez - vous adjugeant ainsi oreilles et testicules de l’individu torée - qu’il ne s’agit pas, en l’espèce, du principe de Bernoulli; mais bien de l’effet Venturi.
Vous pourrez expliquer pourquoi votre perruque s’envola et vous dûtes revêtir - en plein été - l’horrible polar rose bonbon que - pleine de compassion et de prévoyance (elle a son bac, elle) - votre tante Irène vous offrit le jour de votre départ. Lorsque les particules d’air rencontrent un obstacle qu’elles ne peuvent contourner, elles le surpassent. Or, le débit est constant et la zone de circulation est plus petite, donc leur vitesse augmente et, comme l’accélération s’accompagne d’une dépression, l’air se refroidit. Il y a plus de vent au sommet d’une montagne qu’à sa base et il y fait plus froid.
Vous pourrez faire pièce aux fustigations de vos écologistes congénères qui ne manqueront pas de crier haro sur l’intrusion -nécessairement polluante - dont vous vous rendîtes coupable, uniquement mû par la prosaïque pulsion de dominer le monde et de jouir d’un panorama à couper le souffle; or même qu’il eût suffit que vous acceptassiez de consacrer quelques centimes de votre budget à l’achat d’une carte postale. Plus vous montez, plus la pression atmosphérique diminue… plus la température d’ébullition du Royco que vous proposiez, tant pour vous réchauffer qu’en récompense des efforts consentis avec force soupirs et suées, de déguster est basse… moins vous consommez le combustible nécessaire à l’obtention de cet état physique… moins vous rejetez de CO2… A moins que vous n’entreprîtes l’ascension lesté d’une soupe à l’oignon agrémentée de quelques pains à l’ail et que, par humanisme, vous décidâtes de rendre le paysage moins hostile en y semant quelques traces de votre passage.
Enfin, et ce n’est pas là le moindre des bénéfices induits par l’acquisition d’un tel savoir, vous vous endormirez un peu plus affranchi de la pire des servitudes: l’ignorance.