Digressions, divagations et autres bafouilles

Une bouteille à la mer…

Quand brûlent la torche et le torchon

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Envoyé spécial, excellente émission d’information, traitait de la traversée – pour le moins chahutée et cahotique – de Paris par la Flamme Olympique. Conspués tout le long du parcours, les sportifs sont désemparés. Face à face entre Chinois et opposants au régime réclamant avec force vociférations et actions de guérilla la libération du Tibet. Débordés, les CRS recourent à la force. Démocratiquement, les responsables politiques tentent de canaliser la presse. Surtout ne pas montrer le politiquement incorrect, la contestation. Excédés, les officiels chinois bousculent le programme, faisant l’impasse sur la réception prévue à la Mairie et écourtant la cérémonie de clôture.

Une torche protégée comme un trésor par une garde rapprochée. Une sportive se colle un drapeau tibétain sur le bras, la flamme lui est arrachée et elle est refoulée sans ménagements par des Chinois qui ne n’acceptent pas que l’on se mêle de leur politique intérieure. Laquelle n’est, selon eux, qu’une légitime réponse aux provocations de dissidents tibétains, de terroristes qui tentent de déstabiliser le régime de Pékin en manipulant l’opinion internationale. La Chine d’aujourd’hui c’est la Russie d’hier, la belle, l’immobile, l’opaque. La bregnévienne.

Pas de discours politique, de critiques acerbes ( ou croates) et autres élucubrations qui risqueraient de faire de moi un “bloggeur influent”. Ecrire ce qui me passe par la tête. Elan extemporané d’une entité qui ne peut douter qu’elle existe et qui doit en assumer la responsabilité. Voilà mon manifeste, vous le savez. Nous n’avons pas la même façon de concevoir la gestion d’un pays, ce désaccord n’est pas nouveau. Souvenez-vous. Un étudiant, un char, une place, une répression sanglante. Souvenez-vous c’était en 1989, c’était Tien’anmen. La Chine fut pointée du doigt, comme aujourd’hui.

Un étudiant chinois, en France depuis 7 ans, se prépare. Il s’est fait beau, a repassé son drapeau et s’est fendu d’une déclaration fraternelle envers les Tibétains. Il dit toute sa fierté d’être Chinois, comme n’importe quel expatrié qui, à l’occasion de quelque manifestation, exprime l’attachement à ta terre qui la vu naître. N’importe quelle tête de veau peut comprendre, normalement.

Il ne tient aucun discours politique, ne prend parti ni pour la cause chinoise, ni pour la tibétaine. Il prône le dialogue. Il est stoppé en plein élan par les vagissements basiquement anti-chinois d’un quidam. Ses vociférations couvrent à ce point le discours de notre étudiant que les journalistes durent recourir aux sous-titres… Agression inutile et débile. A ce moment-là je me dit que nous sommes ce que nous voulons dénoncer, des putains de dictateurs qui ne peuvent accepter le point de vue de l’autre, parce qu’il est l’autre, l’ennemi. Agresser un Chinois parce qu’il est Chinois et, par conséquent, un brute sanguinaire, c’est faire un amalgame dangereux. N’importe quelle tête de veau devrait le savoir, normalement.

Suite à l’agression verbale dont il fut l’innocente victime et à une altercation – il s’était trompé de trottoir et retrouvé dans l’autre camp – notre Chinois est interrogé par la télévision chinoise. Le discours change radicalement, d’ouvert il devient belliqueux. Il est là, au même titre que d’autres compatriotes, pour faire face, défendre la Chine contre ces bas-de-plafond qui ne comprennent rien, qui ne veulent pas écouter. De victime il devient agresseur. Du pain béni pour la presse chinoise. Seul commentaire de la part des reporters français: interrogé par la presse chinoise, le discours est tout autre (…), quand les médias prennent parti…

Cocktail de clôture. Ambiance glaciale. Les Jaunes d’un côté, les Blancs de l’autre. Appartheid.

Comme vous, j’ai vu les images de la répression chinoise, comme vous, je me souviens de 1989. Comme vous, je pense que le respect des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales qui en découlent doivent être d’application universelle. Mais en conspuant les sportifs parce qu’ils portent une torche, en se livrant à une guerre des tranchées, en agressant des individus justes parce qu’ils sont ressortissants d’un pays dont la politique est critiquée (et, par ailleurs, critiquable)… je me demande si le mouvement de contestation ne devient pas seulement un moyen de se défaire, en toute impunité et sans l’ombre d’un sentiment de culpabilité, de ses propres frustrations en les cristallisant sur une cause reconnue comme légitime par tout le monde. Ce que j’en retiens? L’image d’une bande de braillards qui, au lieu de servir une noble cause, l’on transformée en une vulgaire émeute. Indigne.

Messieurs, votre cause est juste, le moyen pour la défendre peu reluisant et, surtout, vous vous trompâtes de cible. Dommage.

Written by Pandore

Vendredi 11 avril 2008 à 10:07

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