Digressions, divagations et autres bafouilles

Une bouteille à la mer…

Il me reste une heure…

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Il me reste une heure à vivre. Seul réflexe encore intact: le pouce qui pousse sur le bouton. Encore et encore et encore… Il ne me reste qu’une heure à vivre, alors je me shoote un petit peu. Pouce qui pousse n’amasse pas mousse, juste une petite tendinite. Effet secondaire indésirable qu’ils disent. Contradiction d’une médecine palliative qui, pour soulager, abime encore un peu plus. Je m’en fous, je pousse.

Pouce poussant, le temps passe comme un pousse-pousse. Avant je mangeais sur le pouce, maintenant je ne mange plus.  Il pousse sur le bouton, le pouce sur lequel je mangeais. Et comme il est trop tard pour apprendre à manger sur l’autre pouce, je ne mange plus. De toute façon je suis gavé, pas comme une oie, mais, comme tout malade qui se respecte, par intraveineuse. Paradoxe d’une médecine palliative qui, pour vous aider à mourir, vous nourrit.

J’ai tiré sur la corde, des 2 mains et de toutes mes forces; maintenant je pousse du pouce la vie pour qu’elle s’en aille un petit peu. Je meure à petits coups de pouce. Je pourrais me mettre un grand coup de pied au cul, mais je ne sais plus me lever et même si je savais, je n’ai jamais réussi à m’auto-botter l’arrière train. Et comme personne ne veut le faire pour moi… reste le pouce. Contradiction d’une médecine palliative qui, pour vous aider à partir dans la dignité, ne vous permet que l’omnibus vers le Bon Dieu. Je meure à la suisse, lentement. Je vole, sans fumer, sans alcool, je vole… ici papa tango charlie, je vous entend déjà moins bien… il est libre Max, y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler.

Il me reste un heure et ma journée est faite. Je vais prendre ma voiture, rentrer chez moi, embrasser ma femme, mes enfants, leur dire combien je les aime… et demain, demain, il me restera à nouveau une heure avant de prendre ma voiture, rentrer chez moi…

Le bonheur? C’est des crêpes, l’aîné souriant à pleine dents le visage maculé de choco, le cadet babillant dans sa chaise, ma femme qui sourit, une balade en famille, le lait de suite toujours scanné à 9.90€ alors qu’il est annoncé à 12,45€ et cette heure magique où tout finit et tout commence.

Written by Pandore

Mardi 11 mars 2008 à 16:09

Publié dans Elucubrations

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